« Je suis sur un lit d'hôpital, recroquevillée en chien de fusil sous un drap. Une infirmière est venue arracher ma robe. Elle a tiré méchamment sur le tissu, la souffrance m'a paralysée. Je ne vois presque rien, mon menton est collé sur ma poitrine, je ne peux pas le relever, je ne peux pas bouger les bras non plus, je sens mauvais, ma douleur est partout.... »
Petit extrait d'un livre « Brulée vive » qui a marqué mon esprit. Ce livre, il m'a choqué. Mais il aura fallu un reportage télévisé sur les crimes d'honneur pour que j'y repense, et que je décide à mon tour d'écrire un article sur ce sujet horrible : les crimes d'honneur. Je prendrai comme illustration ce livre et l'histoire de cette femme, Souad.
Souad a 17 ans. Elle vit en Cisjordanie, dans la campagne. Dans son village, comme dans beaucoup d'autres, c'est déjà un crime de naître femme. Enfant, elle travaille à la maison et garde les moutons de son père. Pour un oui ou pour un non, elle est battue par père, frères, beau-frères, n'importe quel homme de la famille. Ce milieu hostile est le milieu dans lequel grandissent de nombreuses femmes. Pour s'échapper de ce « cocon » familial, une seule issue possible, le mariage. Arrivée à maturité, Souad est demandée en mariage. Son père refuse cette demande car Souad n'est pas l'aînée. Sa grande s½ur n'est toujours pas mariée, et aucune autre fille ne le sera avant elle. Alors, Souad attend. Mais voilà, comme la plupart des jeunes filles de 17 ans, Souad tombe amoureuse, ce sera son autre crime.
Après quelques rendez-vous cachés avec son voisin Faiez s'en suit une promesse de mariage. La liberté pour cette jeune Cisjordanienne. Plus rien ne peut l'empêcher de succomber au plaisir de la chair : elle va se marier. Une union corporelle... et un enfant. Souad tombe enceinte. Elle ne reverra jamais Faiez. La famille est déshonorée par cette « charmuta ». Pour laver la famille du déshonneur, c'est le sang. Il faut tuer Souad, sinon, honte aux parents, et aucune autre s½ur ne trouvera de mari. Après discussions « d'hommes », le beau-frère de la jeune femme est désigné pour accomplir la sentence. Mais c'est normal. Souad sait qu'elle va mourir car c'est une fille sale.
Un jour, pendant qu'elle lave le linge dans le jardin, elle sent un liquide coulé sur sa tête, son cou, ses épaules. L'essence versée du haut de sa tête s'enflamme. Le feu court sur son corps. Souad se recroqueville, elle sait qu'elle va mourir, comme tout devenir d'une « charmuta ». Son bourreau, coupable d'un crime d'honneur, ne sera pas jugé. Dans son pays, il est en droit. Pour nous, c'est un assassin.
Elle se réveille plus tard dans un hôpital. Elle souffre un martyr, veut se laisser mourir. Une bénévole de l'organisation « Terre des Hommes » va l'aider à s'en sortir, elle et le petit garçon qu'elle aura quand même mis au monde. Et Souad, brûlée vive par sa famille, va s'en sortir, à force d'amour, et de volonté. Aujourd'hui, Souad a reconstruit sa vie, ailleurs qu'en Cisjordanie. Elle est mariée, a deux petites filles et son garçon. Elle a écrit ce livre « Brûlée Vive » pour témoigner et pour dénoncer ces crimes d'honneur, crimes très répandus et fréquents, mais ignorés. Cependant, toutes ses démarches restent anonymes, ses témoignages se font à visage couvert, car sa famille serait encore plus déshonorée de savoir que Souad a survécu. A tout moment, elle pourrait subir un autre châtiment.
Aujourd'hui, Souad n'est pas un cas isolé. De nombreuses femmes subissent ces crimes d'honneur. Elles sont les victimes du pouvoir des hommes, mais contrairement à ce qu'elles croient, elles ne sont pas coupables. En aucun cas, une femme, sous prétexte d'être née femme, peut subir ces atrocités. Plus de 6000 cas sont répertoriés chaque année dans le monde. De nombreuses associations ou organisations comme « Terre des Hommes » ou « Amnesty International » combattent auprès de ces femmes. Alors nous toutes, femmes de l'Occident, apprécions notre chance d'être nées au pays du droit de l'Homme.